L’aventure du déroutant Donald Trump a commencé comme celle d’un milliardaire bouffon qui faisait rire, l’outsider qui n’aurait au grand jamais la chance de se classer.

*

Elle a fini comme celle de l’aspirant qui a remporté assez de primaires pour se faire couronner à Cleveland, Ohio, en juillet, comme le candidat républicain à la présidence américaine. Les journalistes (même ceux du très sérieux New York Times…) s’accusent de ne pas l’avoir critiqué plus durement dès le début pour empêcher son ascension. La télévision a fait ses choux gras avec ses déclarations fracassantes. Et Dieu sait qu’il y en a eu ! La télévision fauche dans le facile, ce  qui fait rire. Elle s’y complaît. Pourtant il a bien fallu que Trump se fasse élire par des citoyens qu’on insulterait si on les traitait toutes de « cerveaux brûlés ».

On ne doit pas parler de Trump, « s’il est fou ». Mais d’un autre côté est-ce prudent de toujours s’abstenir alors qu’il a une chance, peut-être pas énorme, minime et pas souhaitée, de devenir président des États-Unis ? Voilà l’autre défi.

Le parti républicain s’éparpille entre toutes les divisions : la gauche, la droite, le Tea Party (l’étoile de Sarah Palin semble quand même avoir bien pâli..), le plus encore inexistant socialisme que chez les démocrates, le retour aux sources de la Constitution américaine : Trump récolte des points comme contestataire de l’establishment. Et Mme Hillary Clinton, son adversaire démocrate, le représente par excellence, soutenue en outre par un mari qui a touché aux arcanes du pouvoir pendant huit ans. Le côté milliardaire de Trump fascine, quand on rêve à une économie qui pourrait aller mieux. Les États-Unis n’en finissent pas en effet d’essayer de finir de se relever de la crise financière de 2008 qui les a atteints dans leur partie la plus sensible, leur suprématie économique. Ils faiblissent un peu dans le monde de la technologie. Et une Chine, aussi ébranlée que redoutée, s’ajoute à une résurrection de la guerre froide qu’on craint maintenant de voir se rallumer avec la Russie.

La majorité blanche américaine (63 %) craint d’être détrônée dans trois décennies. Hispaniques et Asiatiques, en croissance rapide, ont un taux de natalité bien supérieur à la sienne ; et les Noirs comptent toujours pour 12 % de la population. Les Blancs ne forment plus que 40 % des nouveaux-nés aux États-Unis. (Le Figaro, 17 mai 2012) Ces parents craignent la minorisation et ces électeurs de souche traditionnelle ont voté pour Trump aux primaires, parce qu’ils sont les plus inscrits au parti républicain. Ils voient en lui un dieu, et il se laisse voir comme tel, qui défiera le vilain démon de la démographie et les empêchera de perdre leur hégémonie.

Au moins, on n’est pas obligé d’écrire très long. Si Trump « n’a pas de bon sens ». Mme Clinton demeure, pour l’instant, la favorite démocrate avec 32 % des intentions de vote. Ce n’est pas une garantie absolue. Mais elle est détestée elle aussi.

L’ombre de son mari, Bill Clinton, 42e président, se profile derrière elle, même s’il cherche à se cacher… L’alternance, mari et femme au pouvoir, a été essayée sans trop de succès en Argentine durant cette décennie. Elle serait la première présidente américaine, si elle l’emporte en novembre. Drôles d’élections quand même !

Aux primaires, seulement un million d’Américains, ou peut-être plus, votent. Aux véritables élections, il y en a 150 millions. On surveillera avec anxiété leur verdict.

*

Les élections présidentielles  de cet automne seront donc non seulement importantes, mais extrêmement dérangeantes, si c’était Donald Trump qui gagnait !