Mgr Raymond Nolin, le supérieur du Collège de Lévis, loua par erreur Don’t Be Cruel… d’Elvis Presley en 1958, après avoir durement fustigé la vedette de Memphis dans les quelques jours précédents.

ROSAIRE LACROIX nous était arrivé  en 1952, déjà accordéoniste et joueur d’harmonica. De sa musique il a égayé plusieurs de nos soirées. Au Collège de Lévis, il était de tradition de célébrer la Sainte-Catherine du 25 novembre d’une façon grandiose : banquet au réfectoire, banderoles et décorations, spectacle à l’auditorium en soirée… id est musique et chant.

Un quintet, LOS CINCO CAMPADRES, s’était formé avec Rosaire à l’accordéon, Hervé (Ti-vé) Matte au piano, et trois guitaristes dont on a oublié le nom.
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(Photo Rosaire Lacroix, au centre, le pianiste Hervé Matte à gauche de lui)

Ils se sont produits au spectacle de la Sainte-Catherine, mais ils ont obtenu un rappel.

Rosaire raconte. Durant la semaine, ils avaient exercé Don’t Be Cruel. Avant de le livrer, le pianiste Ti-vé Matte a dit : « Hé ! les gars, on ne joue pas ça. Mgr Nolin (le supérieur) a fait un tel sermon contre Elvis Presley la semaine dernière que, si on le joue, on va tous être mis à la porte demain matin.  » Et… on l’a joué.

Quelle surprise !  Après le spectacle, le supérieur monte sur scène, remercie et félicite tout le monde comme à son habitude. Puis, il dit : « En particulier, je dois vous avouer que j’ai énormément aimé la dernière pièce qu’on a jouée, et que j’ai trouvée très entraînante… »

Dernière pièce qui n’avait été… nulle autre que Don’t Be Cruel. Mais ce que nous avons ri après, le devinez-vous ? relate aujourd’hui Rosaire. J’avais même vu Mgr Nolin taper du pied, pendant qu’on la jouait. »

Il revenait aux élèves de Rhétorique, fin de la première partie du cours classique, de préparer la Sainte-Catherine au collège. Pour cette tâche grandiose, les autorités nous avaient prêté pendant quelques semaines cette année-là l’usage exclusif – libre, indépendant et apprécié – d’un local : le « shanty ». Il était situé à quelques portes du réfectoire.

À la vérité, les COMPADRES n’avaient que joué, et non chanté, Don’t Be Cruel  : ce qui a pu confondre Mgr Nolin.

Rosaire Lacroix et Gérard Lajoie

Rosaire Lacroix n’a eu qu’un maître pour  l’accordéon, admet-il, le très connu alors  Gérard Lajoie (1923-1991) de Québec, qui avait d’abord commencé par se produire dans les rues.
Puis, Gérard Lajoie a gagné en 1946 le premier prix au championnat provincial de l’accordéon au Palais Montcalm et en 1956 le prestigieux trophée en or 18 k du Champion mondial. Il avait une dextérité  extraordinaire. À l’accordéon diatonique, on joue deux notes sur le même bouton. La Ville de Québec a baptisé en son nom une de ses rues de l’arrondissement Les Rivières.

geerrd-lajoie« Plusieurs gars, ajoute Rosaire, m’ont dit qu’ils gardent un heureux souvenir de moi en raison de mon accordéon et de mon harmonica. »

Tant mieux, si j’ai pu adoucir la lourdeur de certaines soirées…!  »

Encore aujourd’hui son accordéon rehausse des festivités, sociales ou religieuses… ainsi que des messes. « Et lors des fêtes familiales, il suit toujours », insiste-t-il. Il joue des polkas.

« Son » Saint-Michel

Rosaire, prêtre, coule sa retraite à Saint-Michel-de-Bellechasse, son village de toujours au bord du fleuve.

« Je trouve ça bon de se retremper dans de si vieux souvenirs et de saluer tous les confrères ou leur survivante. »

« Mais laissez-moi vous dire que jouer une pièce aussi saccadée que Don’t Be Cruel à l’accordéon diatonique… c’est du sport ! » se souvient-il.
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Au « shanty » de la Sainte-Catherine de 1958

Nos dix-huit ou dix-neuf ans éclatent ! Plusieurs se reconnaîtront ou reverront des amis hélas disparus. Rosaire a le bras étendu devant la porte. (Photo Rosaire Lacroix)

http://www.biographiesartistesquebecois.com/Artiste-L/Lajoie%20Gerard/LajoieGerard.html