La peinture religieuse n’existait pas au Québec au début du XIXe siècle, bien que le Bas-Canada fût raisonnablement pourvu en sculpteurs.  

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Les abbés français Philippe Desjardins et Louis-Joseph Desjardins, prêtres réfractaires à la Constitution française, conçoivent l’idée en 1817 d’expédier 200 peintures religieuses au Québec,  au Canada, pour les soustraire à la Révolution française et ensuite dans un but mercantile. Leur plus jeune frère était tombé en situation précaire. Ils espèrent ainsi le tirer d’impasse.

La guide Mme Valérie Fiset explique à notre groupe qu’à leur départ de Brest, en France, les toiles les plus grandes avait été démontées et roulées en ballots – «trop serrés», précise-t-elle – avant de prendre la mer.

Les peintures religieuses françaises ont ensuite attendu un an dans le port de New York avant qu’un membre de la famille Desjardins les dédouane.

L’abbé Philippe, l’aîné de France, avait ici un frère Louis-Joseph de treize ans plus jeune, aumônier des Augustines de l’Hôtel-Dieu, qui le renseignait sur l’état de dénuement de l’ancienne Nouvelle-France.

Lorsque les tableaux sont finalement arrivés au Québec, en 1820, des mains habiles d’ici ont dû se trouver pour les remonter et en réparer les dommages. Parfois il a fallu que ces mains changent la forme du tableau. Une église romane pouvait devenir gothique. Sinon, d’autres pouvaient vouloir qu’un haut de tableau droit emprunte le style d’un arc de cercle.

Nos artisans effectuaient ces retouches. Ensuite, ils ont commencé à prendre des commandes pour des églises qui voulaient des copies.

« À cette époque, notre sensibilité était moins grande qu’aujourd’hui pour les droits d’auteur. Les artistes se copiaient les uns les autres. Ainsi des artisans québécois ordinaires au départ sont devenus des artistes réputés grâce aux abbés Desjardins », affirme Mme Fiset.

Nommons-en quelques-uns : Joseph Légaré, Antoine Plamondon et Théophile Hamel.

Des Claude Vignon, Simon et Aubin Vouet, Daniel Hallé et Pierre Puget : les œuvres choisies pour l’expédition au Canada émanaient d’auteurs respectables et même, pour quelques-unes, de très grands maîtres, dont on peut s’étonner que leurs œuvres aient déjoué la vigilance des commissaires priseurs qui avaient nationalisé les biens de l’Église. Ces tableaux sont du XVIIe ou du XVIIIe siècle.

Les principaux « prêteurs »

Le monastère des Ursulines de Québec et celui des Augustines ont prêté le plus grand nombre de peintures pour cette exposition « Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins » au Pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec. Mais six tableaux proviennent de l’église Saint-Henri-de-Lévis, et quatre de Saint-Antoine-de-Tilly.

Les peintures ont été décrochées de nos églises du Québec et du Nouveau-Brunswick pour être exposées au Pavillon Lassonde jusqu’au 4 septembre. Ensuite elles iront en France à Rennes.

À l’été 2018, elles reviendront au Canada et reprendront leur place dans leurs églises respectives.  Notre guide Mme Fiset, ce qui fut apprécié, a expliqué les changements survenus aux peintures au Canada.

http://www.journaldequebec.com/2017/06/08/exposition-dart-religieux-au-mnba-operation-decrochage

Deux des trois photos utilisées sont de Jean-Luc Lemieux. Dans la première, apparaissent de gauche à droite : Raoul Huppé, Benoît Groleau, son épouse Jeannine L’Heureux et Mariette Lacasse.

J’ai pris, en pensant à un ami, la troisième photo de L’adoration des Mages de Claude Vignon, 1625, peut-être une des peintures ayant échappé à la vigilance des priseurs français.

Claude Vignon, L’adoration des Mages, 1625

Nous avons décidé, rhétoriciens assagis de la lointaine année 1958 au Collège de Lévis, de tenir ce 23 août 2017 un conventum au Pavillon Lassonde, ce qui fut une heureuse idée.

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Cette visite nous a fourni un coup d’œil sur la naissance de la peinture religieuse au Québec.