Mon plus grand souvenir personnel de Jacques Flamand, fondateur du Vermillon, remonte à un Salon du livre de l’Outaouais où Amélie Nothomb de Belgique était l’invitée de marque.

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Jacques voyait comme moi la file des visiteurs s’allonger sans fin pour obtenir d’elle une dédicace, au détriment des petits éditeurs. Aux Salons du livre cette forme de darwinisme règne. Les plus grands éditeurs bouffent les plus petits, qui passent inaperçus. Alors, j’entends Jacques, à côté de moi, me murmurer assez haut :

« Regardez-les ! Ils font la queue dans l’espoir d’obtenir de l’artiste une toute petite signature. Mais elle s’en fout complètement de la donner ou non, elle. » Ce qu’il savait être direct, lorsqu’il le voulait !

Arrivé au Canada vers les années 1960, Jacques a enseigné d’abord la religion et l’histoire des religions à l’Université d’Ottawa, jusqu’à ce que ses idées trop libérales le mettent en rupture avec l’Église catholique romaine.

À partir de 1970, il est entré au Secrétariat d’État du Canada comme traducteur, réviseur et puis chef d’équipe de la traduction. Il est passé ensuite au Conseil des arts.

En 1982, il fonde à Ottawa les Éditions du Vermillon dont sa conjointe, Mme Monique Bertoli, devient la directrice générale. Ainsi, il permet à de « petits auteurs », comme moi, à d’autres, mieux  connus et plus grands, de publier. Nous leur en sommes très reconnaissants ! 

Prolifique, il a écrit plusieurs recueils de poésie, seul ou en collaboration, et en a traduit d’autres. Il a rédigé des contes pour enfants. Il a publié des essais sur le français et un sur le père Teilhard de Chardin, auquel il vouait une admiration immense. On ne compterait pas tous les ateliers de rédaction littéraire qu’il a animés, d’un côté ou de l’autre de l’Outaouais, ni les associations culturelles, littéraires et même professionnelles qu’il a fondées (dont une, pour les traducteurs et interprètes).

Un peu espiègle

Mais, sous le Jacques sévère, s’en cachait un autre : bon vivant, et un peu espiègle. II aimait rire, rire fort et faire rire. Je suis fier d’avoir retrouvé sur le net une photo de lui, plus jeune, le montrant en train de s’amuser à table à domicile, un bon rouge à la main. Ses amis me jurent qu’il était d’une fidélité inébranlable à leur égard. Tristement, il nous a quittés à 82 ans le 19 octobre 2017 dans un hôpital d’Ottawa pour une meilleure vie.

À Mme Bertoli, sa conjointe, à ses deux fils, à ses quatre petits-enfants, à ses deux sœurs et à tous ses amis, j’offre mes pensées, mon soutien, mes prières et mes plus sincères condoléances.

 

Le service commémoratif de Jacques aura lieu demain samedi 28 octobre, à 11 h, à la Maison funéraire Racine Robert & Gauthier, 180, ch. Montréal, à Ottawa. Des raisons personnelles m’empêcheront d’y assister.

 

Photo d’en-tête : crédit Maurice Brochu, 2004.