Hivers moins longs, moins froids, et étés plus chauds (ou plus froids et plus courts, c’est selon !) : plusieurs profanes affirment que l’abus humain a déréglé la nature.

La marmotte – dont la très médiatisée Willie, de Wiarton, en Ontario – hiberne en moyenne 23 jours de moins qu’en 1980. L’hiver doux de la France et du nord-ouest de l’Europe tend à se refroidir à mesure que la fonte des glaciers de l’Arctique neutralise les courants chauds du Gulf Stream. Le magazine L’actualité du 15 avril 2006 nous fournit (p. 56 et 57) quelques chiffres éloquents : Les États-Unis ont connu la pire sécheresse depuis 104 ans, le pire incendie depuis 50 ans. Au Mexique 100 hectares de forêt ont brûlé en 1998.

Au Canada : « Dans la baie d’Hudson, la saison sans gel est aujourd’hui d’au moins une semaine plus longue qu’il y a 30 ans. (…) Les 1300 glaciers du versant est des Rocheuses ont diminué de 25 % à 75 % depuis 1850. ».

L’aiguille du réchauffement climatique oscille dans le rouge. Sauf qu’on ne s’accorde plus autant qu’avant sur la gravité des conséquences à long terme à attribuer à cet événement. Le vice-président américain Al Gore obtient en 2007, ex-aequo avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) créé par l’ONU, le Prix Nobel de la Paix 2007 pour son livre et sa vidéo Une vérité qui dérange. Il remporte la même année l’oscar d’Hollywood pour le meilleur documentaire. Mais Al Gore reconnaît quelques années plus tard que ses thèses suscitent moins d’unanimité qu’auparavant. Il est difficile d’expliquer ce qui est arrivé. Peut-être les environnementalistes ont-ils poussé trop loin leur combat. C’est possible avec les groupes de pression ! En matière d’environnement et de réchauffement de la planète, toutes les hypothèses d’avenir reposent sur de savants calculs scientifiques que les citoyens ordinaires ne peuvent vérifier. Toute vie humaine cessera-t-elle sur Terre dans un délai aussi court que cinquante ou soixante-dix ans, comme les plus alarmistes le déclarent?

Nous observons des signes

Nous frémissons maintenant à l’arrivée des ouragans automnaux aux États-Unis. Deux ont causé des dégâts énormes : Katrina, en août 2005, dans le sud, et Sandy, en octobre 2011, dans l’est et à New York. (Sandy fut l’ouragan à propos duquel les médias nous ont tellement alertés, au Canada, et que nous n’avons à la fin pas eu…)

Al Gore, Une vérité qui dérangeL’environnement se dégrade par notre faute : liaison à l’automobile, climatisation à l’excès, habitude de tout jeter à la poubelle sans recycler, invasion des plastiques, ignorance du développement durable, déforestation, urbanisation aux dépens des terres agricoles, surexploitation des pêches et destruction des espèces. Jacques Perrin, cinéaste qui nous a donné Le peuple migrateur, affirme en entrevue à L’Express que les petits pêcheurs sont tout aussi condamnés que les poissons lorsque « des chalutiers vastes comme trois terrains de football ratissent les profondeurs »[1].

Les grandes compagnies ont rasé les forêts de l’Amérique latine, pour leurs besoins, et pour satisfaire notre goût en café. Elles sont grandement coupables. Mais nous le sommes tous un peu tous par notre négligence et par notre style de vie. Et, en dépit des bonnes intentions, nous refusons d’y changer quoi que ce soit qui pourrait diminuer notre confort. Et les politiciens ont le beau jeu pour multiplier les déclarations.

Quelques déclarations de politiciens

George W. Bush a répudié l’Accord de Kyoto dès son arrivée au pouvoir à Washington en 2000. Le jour même des élections législatives de mi-mandat aux États-Unis, le New York Times du 7 novembre 2006 recomman­dait en éditorial de n’appuyer aucun candidat républicain. Et les électeurs, ce qui n’est pas toujours le cas, ont suivi la consigne! George W. Bush a perdu le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat.

Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada et ancien ministre de l’Environnement, a basé une campagne électorale sur l’idée d’imposer les industries en proportion de la quantité de carbone qu’elles utilisent pour leur production. Mal lui en prit. La crise financière américaine de 2008-2009 était commencée. Au scrutin, les gens ont préféré entendre parler d’économie. Ils ont réélu le premier ministre conservateur Stephen Harper.

Pour se moquer de sa négligence à l’égard de l’environnement, des électeurs de la Californie ont suggéré de rebaptiser l’usine d’épuration de San Francisco en lui donnant en son nom. Le président quittait alors le pouvoir en 2008. Les électeurs ont défait cette proposition aux urnes. Le premier ministre conservateur Stephen Harper a attendu d’être réélu majoritaire, en 2011, avant de désavouer Kyoto pour le Canada. Il estime que le combat pour l’environnement se résume à « un complot socialiste qui vise à soutirer des fonds aux pays les plus riches »[2].

Originaire de Calgary, en Alberta, province pétrolière, M. Harper multiplie les pressions sur le président démocrate Barack Obama pour qu’il lève son veto contre la construction de l’oléoduc Keystone qui acheminera le pétrole bitumineux canadien vers le sud.

 

Accord de Kyoto

En 1997, le Canada, sous administra­tion libérale du premier ministre Jean Chrétien, figure parmi les 156 signataires du protocole de Kyoto. Les États-Unis l’avaient signé sous Bill Clinton, le président George W. Bush l’a dénoncé.

Entre 2008 et 2012, Kyoto prévoyait une réduction planétaire de 5 % des six principaux gaz à effet de serre en prenant 1990 comme année de départ. La diminution variait de pays en pays : le Canada, 6 %, les États-Unis, 7 %, l’Union européenne, 8 %, la Chine et l’Inde, 0 % (pour ne pas freiner leur dévelop­pe­ment économique). Cette réduction de 5 % n’a pas été atteinte. Le débat oppose les partisans ou les adversaires de Kyoto, en souhaitant toujours plus ou moins, et les industries, qui n’en voudraient pas du tout. De là, naissent les longues conférences internationales largement médiatisées qui n’aboutissent pas, les répétitions d’intention ou les accords vagues auxquels on est chanceux s’ils aboutissent à une échelle de chiffres de réduction par pays. On voudrait d’un accord qui s’applique à tous les États, y compris la Chine et l’Inde, ou pas d’accord du tout. Le débat est houleux.

Trois auteurs affirment qu’il y a une antithèse entre la mondialisation et la protection de l’environnement : Aurélien Bernier, dans Comment la mondialisation a tué l’écologie (Paris, Mille et une nuits, 2012); et John Micklethwait et Adrian Wooldrige, deux journalistes de l’hebdomadaire britannique The Economist qui ont écrit The Fourth Revolution. The Global Race to Reinvent the State (Penguin, 2014).

Le pape François

Appui remarqué : le pape François vient de préconiser un effort mondial ambitieux pour mettre fin au Pope_Francis_South_Korea_août 2014réchauffement de la planète. Il doit, à l’été 2015, publier une encyclique sur le sujet. La popularité du pape François lui donne une immense voix. Les écologistes se félicitent de le compter parmi eux. Les politiciens négationnistes du réchauffement (dont « plusieurs sont chrétiens »[3]) répliquent au contraire que l’Église doit se cantonner dans les choses spirituelles.

Deux témoignages éloquents

Deux témoignages sont éloquents. Pierre Allard écrivait en éditorial dans le quotidien Le Droit d’Ottawa à l’été 2002 :

Un jour, peut-être lointain, peut-être pas, quand le réchauffement climatique aura laissé la planète en lambeaux, quand un soleil de feu brûlera nos champs et forêts, quand les glaces polaires fondues auront inondé nos grandes villes côtières, quand l’air des villes sera devenu irrespirable, nos enfants et petits-enfants pointeront un doigt accusateur et nous demande­ront : qu’avez-vous fait – individuellement, collectivement – quand il était encore temps ? « Et que répondrons-nous[4] ? » demandait-il.

Pierre Allard, sans lunettes Jean-François_Lisée

Jean-François Lisée, ancien conseiller spécial des premiers ministres péquiste Jacques Parizeau et Lucien Bouchard et futur ministre dans le cabinet de Mme Pauline Marois, affirmait en 2006 en chronique dans le magazine L’actualité à la date déjà citée :

Ah, le réchauffement ! Je vais régler son cas en deux phrases. Ou bien sa progression est linéaire, c’est-à-dire qu’il s’accentue un peu plus chaque année, et alors nous aurons le temps d’agir, malgré la chaleur croissante, pour la faire reculer. Ou bien elle est non linéaire, c’est-à-dire que d’ici 50 ans sera franchi, à un moment imprévisible, le seuil au-delà duquel des changements brutaux surviendront, et alors rien de ce que nous pouvons faire dans l’intervalle n’aura d’importance[5].

 

La question n’est pas la dégradation de la planète : les hideuses photos d’amoncellement de déchets dans les dépotoirs et à la surface des cours d’eau sont des choses que nous ne devrions pas voir. La question est plutôt quelles conséquences faut-il leur attribuer à long terme.

Je sais qu’on ne gagnera pas un prix Pulitzer du journalisme avec une rédaction de style aussi mitigé. Et puis après ?

*

Le Parti Vert amène la chute de gouvernements en Europe. Son impact est moindre en Amérique. Le réchauffement de la planète constitue quand même un thème inévitable pour tous les gouvernements. Il les embête tous.

 

__________________________________________________________________

[1].  Bruno D. Cot et Marion Festraëts, « Jacques Perrin, Sauver la mer : un impératif humanitaire », L’Express, 21 novembre 2006, p. 52, à la p. 53.

[2].  Wikipédia, à Protocole de Kyoto , voir passage sur « Le Canada » .

[3].  André Pratte, « L’apôtre du climat », éditorial, La Presse, 30 avril 2015, p. A 18.   

[4].  Pierre Allard, « Quel temps fera-t-il ? », Le Droit, 17 août 2002, p. 18.

[5].  Jean-François Lisée, « Tout fout le camp (encore ?) », L’actualité, 15 avril 2006, p. 64.