LYSETTE BROCHU nous trace, dans Brûlants secrets de Marianne, une  fresque historique des difficultés multiples vécues par un couple francophone dysfonctionnel qui s’expatrie dans le Nord de l’Ontario pour ouvrir de nouvelles terres au début du XXe siècle.

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Après leur mariage, le couple part de Fournier et Casselman, dans l’Est ontarien près d’Ottawa,  pour s’installer à Matheson, une communauté en développement située dans le Nord des défricheurs. Ils perdent tout dans le grand feu de forêt de 1916. Le titre du livre aurait fort bien pu être : « Brûlant destin de Marianne », au lieu de Brûlants secrets.  Lysette Brochu nous décrit avec tant d’émotion ce gigantesque incendie qu’on pourrait croire qu’elle s’est inspirée de celui de Fort McMurray, en Alberta, en 2016, sauf que c’est impossible. Elle a écrit son livre deux ans avant.

Marianne a souffert toute sa vie dans sa famille : alcoolisme du couple, incompréhension, absence du mari, trop d’enfants, neuf exactement, dont trois perdus en bas âge (y compris un né adultérin). En ces temps-là, la rigidité religieuse commandait d’accepter avec résignation les malheurs de la vie alors que les colons ne connaissaient ni électricité, ni eau courante ni radio.brulantssecretsdemarianne

Marianne encore enfant a perdu sa mère, atteinte de maladie mentale, et s’étant suicidée. Elle souffre elle-même du même mal. Son mari Albert – plus vieux qu’elle – la décrit, à un moment donné, comme une femme « toujours entre le up and down ». L’anglais se faufile sans cesse plus dans ce foyer.

Le père de Marianne, Fred, est un irresponsable qui a abusé d’elle jeune au moins une fois et qui s’en prend une autre fois à une de ses petites-filles. Relater surtout la première scène, au début du livre, constituait une scène difficile. Lysette Brochu s’en sort avec habileté, avec des mots explicites sans tomber dans l’exagération.

La Première Guerre mondiale s’infiltre comme par hasard dans ces régions éloignées par quelques  vieux journaux de Toronto qui atteignent ces terres en friche éloignées. Peut-on aurait-on dû en parler davantage ? Peut-être.

L’éloignement, le dénuement, le travail dur, la pauvreté et la nécessité de couper les « cennes » en quatre pour arriver résume la toile de fond du début. Ensuite la situation s’améliore. Mais les époux cèdent alors, l’un et l’autre, à d’autres dieux. Les enfants ne s’en trouvent que plus déchirés.

L’auteure, avant traiter ce sujet, son premier roman, a publié plusieurs livres pour enfants et au moins deux d’autobiographie. Originaire de Sudbury, elle connaît très bien l’Ontario; et elle y reste attachée. Cela paraît dans son inspiration.

Lysette a écrit Marianne en langue du peuple, le « canayen », par  choix volontaire et pour une raison d’authenticité. Accordons-lui le mérite d’une solide oreille musicale, car elle le transcrit très bien. Elle a enseigné toute sa vie. El elle demeure depuis décennies à Gatineau, au Québec, avec son mari.

N’escomptez pas uniquement de la détente en lisant ce roman. Certains passages, je le répète, sont pénibles. Mais le lire en vaut la peine car il nous met les points sur les i sur des réalités qui ont existé.

Et, entre nous,  Canada pour Canada, le Nord de l’Ontario à cette époque devait assez s’apparenter à l’Abitibi qui fut au Québec une autre terre de colonisation.

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De son côté, L’actualité(1) vient de rappeler ce 27 juillet 2016 le noir centenaire de ce sinistre feu de forêt de Matheson dans le Nord de l’Ontario, et de ses villages voisins, qui fit près de 225 morts. Tout n’était qu’une langue interminable de désolation. Il reste à ce jour l’incendie le plus meurtrier au Canada.

 

(1) Jonathan Trudel, « Mes racines incendiées », L’actualité, 27 juillet 2016.

 

LYSETTE BROCHU

Brûlants secrets de Marianne
roman, 2014

Les Éditions du Vermillon
305, rue Saint-Patrick
Ottawa ON K1N 5K5
613-241-4032     Fax : 613-241-3109
leseditionsduvermillon@rogers.com

 

Jean-Caude Nadeau, Lys 2, 2016

 

 

 

 

 

 

(Photo de lys de Jean-Claude Nadeau)

 

LE 25 SEPTEMBRE, JOURNÉE « J’ACHÈTE UN LIVRE FRANCO-ONTARIEN ».

ENCOURAGEONS LES LIBRAIRES ET LES AUTEURS CE JOUR-LÀ.


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