Ma cousine LISE MARCEAU, à la retraite aujourd’hui, nous fait revivre le très sévère accident qui la blessa grièvment, à 3½ ans, ainsi que ses deux parents et un autre de nos oncles : Alyre Marceau, dans les routes escarpées du haut de Bellechasse. Le chauffeur de l’auto périt : Alphonse Aubé. Toutes ces personnes étaient de Saint-Lazare-de-Bellechasse. 

Journée tragique

par Lise MARCEAU

Cet événement se passa le 23 juillet 1950, par un beau dimanche soir. Paul (mon père), Léonne (ma mère), Lise (moi), oncle Alyre, Alphonse Aubé et son épouse Lucienne Brochu sommes partis pour Saint-Magloire afin de célébrer les fiançailles d’oncle Alyre. Ce qui devait être une soirée festive fut un cauchemar.

Mon père (Paul) avait fait l’acquisition d’une auto quelque temps auparavant, elle avait été inspectée au garage, tout était en ordre. Donc, rassurés, nous sommes partis pour Saint-Magloire. Une fois rendus sur le dessus de la montagne, nous nous sommes arrêtés pour admirer l’étendue du paysage ainsi que sa beauté.

Avant de repartir, Alphonse Aubé a dit à mon père : « Ton auto a l’air de bien aller » et Paul de lui répondre : « Veux-tu l’essayer ? » Alphonse accepta, et nous sommes repartis, il était environ 19 heures. Étant donné que le chemin était en pente très prononcée, sur le gravier et très tortueux, l’auto accéléra de plus en plus, Alphonse crut bon d’appliquer les freins pour ralentir l’auto et là surprise, plus de frein. Par malheur un camion arrivait en sens inverse au bas de la montagne, le problème était de le rencontrer sans l’accrocher, mais hélas, une fois le camion passé avec un petit accrochage, il perdit le contrôle, l’auto capota du côté droit de la route et tomba dans un ravin, c’est à cet instant que l’auto fit plusieurs tonneaux et à chaque tour, un passager en sortait. Nous étions tous éparpillés, Paul et Alyre se sont retrouvés sur le dos sur un tas de roches, sans connaissance. Léonne toujours consciente, presque nue, avait réussi à garder son bébé (moi) dans son bras, car l’autre était cassé. Elle a vécu l’horreur, elle a vu et entendu les blessés gémir et était incapable de faire quoi que ce soit pour eux.

Un transport improvisé à l’hôpital…

Étant donné que Saint-Magloire est un village assez éloigné de la ville, les ambulances n’arrivaient tout simplement pas, donc, de bons samaritains ont embarqué les blessés sur des matelas dans une boîte de camion et nous sommes tous partis pour l’Hôtel-Dieu de Lévis. Il faut se rappeler que la route était sur le gravier et en mauvaise état. Alphonse, Paul, Alyre étaient toujours sans connaissance et gravement blessés. Durant le transport, chaque fois que le camion roulait dans un trou et qu’un d’eux reprenait conscience, celui-ci hurlait de douleur.

Chemin faisant, Léonne, toujours consciente et gravement blessée, voulut s’arrêter à Saint-Gervais pour informer sa mère Emma de la situation et lui demander d’aller prendre soin des 5 autres enfants, restés à la maison, âgés entre 5 et 12 ans. Quelle affaire!!! Comme c’était le temps des foins et des récoltes, les voisins très charitables, ont organisé des corvées pour que le tout se fasse.             

Arrivés à l’hôpital, les médecins ont constaté le décès d’Alphonse Aubé. Oncle Alyre a une grave blessure à un œil, d’ailleurs, il en gardera des séquelles toute sa vie et en plus, il a une jambe cassée. Paul a le bassin fracturé ainsi que la colonne vertébrale et une jambe cassée. Quant à Léonne, elle aussi a une jambe cassée, une cuisse égrenée et un bras cassé. Lise les 2 jambes et les 2 cuisses cassées. Par miracle Lucienne Brochu s’en est sortie avec seulement une blessure au poignet.

L’écrasante chaleur

Paul qui était très gravement blessé au dos, les médecins ont pris un os de sa jambe pour lui greffer dans la colonne. Par une chaleur écrasante, il disait, couché sur le dos, ìncapable de se lever et palanté, que c’était  l’enfer pour lui à un point tel qu’il demanda aux médecins de le mettre aux vidanges. Étant donné la gravité des blessures de Léonne, les médecins ont dû lui mettre un cercle d’argent dans la cuisse, elle l’a eu toute sa vie.

Mes tapes sur les fesses…

Quant à moi, j’étais dans le plâtre jusqu’aux aines, une tige de fer m’a été posée dans la cuisse, elle a été retirée avant de sortir de l’hôpital. Parce que je marchais avec mes plâtres autour de ma couchette, les religieuses m’ont administré des bonnes tapes sur les fesses, j’ai pleuré….. je m’en souviens encore…!!!! Oncle Alyre et Paul étaient dans la même chambre, Léonne était avec d’autres femmes et moi avec les enfants. Lorsque la visite venait pour me voir, elle n’avait pas le droit d’entrer dans la chambre, je les voyais seulement à travers la vitre, c’était le règlement pour les enfants !!! Nous avons tous beaucoup souffert physiquement et moralement.

Paul, Léonne, moi et oncle Alyre sommes restés à l’hôpital trois mois. Quant à Paul, il a dû payer une facture de 7 000 $, c’était beaucoup d’argent. Pour l’oncle Alyre, j’ignore combien il a dû débourser !! En 1950, l’assurance hospitalisation et l’assurance maladie d’État d’aujourd’hui n’existant pas, l’usager devait payer de sa poche à sa sortie médecins spécialistes et soins hospitaliers reçus, à moins d’avoir une assurance personnelle. Mais, ville ou campagne, peu de gens bénéficiaient alors d’une telle protection.

*

Pour les deux années suivantes, ce fut le retour graduel de la forme physique et morale. Par la suite, deux autres membres se sont ajoutés à la famille, Nicole et Christine.

 

Lise Marceau (à Paul)épouse de Jean-Roch Côté

 

P.S. : Ce récit est le fruit de ce que mes parents m’ont raconté et ce dont je me souviens..

Les hémérocalles : crédit à mon cousin Jean-Claude Nadeau.


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