“La vente aux enchères”, cette chanson de Gilbert Bécaud des années 1970, passablement oubliée aujourd’hui, valut à Paul Cormier le surnom de “Monsieur Pointu”, qui le suivra le reste de sa vie.

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Que voulait Bécaud ? Recruter un violoneux qui lui ferait une introduction country avec ses fions et qui aurait assez de talent de comédien, sur scène, pour annoncer les trois lots d’une vente par encan fictive : la grande aventure, un chagrin d’amour et la mort du héros.
Recevoir tout à coup à Montréal, en 1970, une convocation du grand Gilbert Bécaud pour une audition a de quoi étonner. Paul Cormier n’y croit pas trop…! L’invitation lui parvient par l’entremise de Patrick Norman, chanteur country très connu, agissant comme choriste pour Bécaud au Québec, et qui savait que celui-ci se cherchait un violoneux country pour une chanson participative. Paul Cormier se rend à la Place des Arts avec son batteur.
L’audition préliminaire se déroule avec Gilbert Sigrist, pianiste et chef d’orchestre, qui satisfait décide après quelques instants d’aller chercher le maître.
Mais Bécaud donnait une conférence dans la pièce à côté. Il tarde à venir. Alors, Paul Cormier se commande à 10 h le matin une caisse de bière, en débouche deux bouteilles et étale les 10 autres sur le piano. Il se dit que « cela va impressionner Bécaud ».
Finalement ce dernier se libère, se présente, se met au piano. Il entame “La vente aux enchères” en fa, puis après il la reprend en sol. Cormier confie : « Ça ne me faisait rien. ce ton était plus facile pour moi. » Alors, Bécaud, convaincu lui aussi, Bécaud le toise un instant et tranche de sa voix incisive :
Chapeau melon, col roulé, tu garderas tes godasses de cow-boy, tu travailles dans un club, je crois…. Ce soir, c’est ta dernière ! Demain, tu te reposes et, après-demain, on travaille ! Aujourd’hui, tu vas continuer à répéter avec mon chef, moi je m’en vais, je suis occupé, salut !
“La vente aux enchères” sera ensuite rodée au Québec au Séminaire de Joliette, à celui de Sainte-Thérèse et à Sherbrooke, avant de franchir l’océan pour un succès mondial d’environ dix ans.
Et “Monsieur Pointu” ?
Il semble que Gilbert Bécaud, de spectacle en spectacle, après avoir appelé, sur scène, “Monsieur Cormier”, puis “Monsieur Pormier”, ait fini un soir par lâcher tout bonnement : “Monsieur Pointu”, sans doute à cause du chapeau melon. Un surnom était né et allait maintenant donner à la pièce une deuxième signature.
Ces renseignements et d’autres tout aussi suaves sont tirés surtout des pages 122 À 125 de la biographie d’Annie et Bernard Réval intitulée Gilbert Bécaud, Jardins secrets, France-Empire, 2001, qui consacre tout un chapitre à « Monsieur pointu ».
Paul Cormier, peintre
Pau Cormier, à la fin de leurs tournées, devient peintre et connaît également le succès. Il décède chez lui à Blainville,au nord de Montréal,  le 7 juin 2006, à 84 ans, d’un cancer des os. Il était né, le 10 mai 1922, aux Escoumins, dans le Saguenay.
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Photo de “Monsieur Pointu” utilisée ­: Université de Sherbrooke, Bilan du siècle.